On parle beaucoup de sobriété énergétique, rarement de ce qu’elle produit vraiment dans les logements. Une étude publiée le 25 octobre par Comparons l’énergie permet de le mesurer à grande échelle : la consommation d’électricité des foyers français a reculé de 9,5 % en six ans, sans qu’un hiver clément vienne fausser la comparaison. Et ce qui baisse, d’abord, c’est le chauffage électrique.
Une photographie fondée sur 34 millions de compteurs
Le travail repose sur des données publiques que personne n’avait encore rapprochées. Enedis fournit la consommation des 34 229 966 compteurs résidentiels de son réseau, avec une estimation de la part qui dépend de la température. L’INSEE apporte le niveau de vie médian de chaque département. La Commission de régulation de l’énergie donne la grille du Tarif Bleu, qui sert à traduire les kWh en euros. Le croisement permet de comparer 94 départements et plus de 32 000 communes sur une base commune.
Pour un média qui suit la transition écologique, l’intérêt est ailleurs que dans la facture : la série longue d’Enedis montre comment les usages évoluent dans le temps, territoire par territoire. C’est ce que documente l’étude consacrée à la baisse de la consommation d’électricité des foyers depuis 2019, avec une carte de l’évolution et un classement des 94 départements.
Six ans de recul, à hiver comparable
Comparer deux années de consommation électrique n’a de sens que si les hivers se ressemblent. C’est le cas ici : 2019 a compté 1 648 degrés-jours, 2025 en a compté 1 561, pour une normale de 1 583. Entre les deux, la consommation moyenne d’un foyer est passée de 4 559 kWh à 4 126 kWh. Corrigé du climat par Enedis, le recul reste de 9,3 % (de 4 564 à 4 140 kWh).
La rupture est d’autant plus nette que la décennie précédente n’avait rien montré de tel. De 2011 à 2019, la consommation par foyer montait et descendait au gré des hivers, entre 4 556 et 5 094 kWh, sans tendance claire. Depuis, elle s’est installée sur un palier plus bas : 4 134 kWh en 2023, 4 111 kWh en 2024, 4 126 kWh en 2025.
Autre signe que le mouvement est réel : aucun des 94 départements n’est en hausse. Et même en volume total, le résidentiel consomme moins, 141,2 TWh en 2025 contre 147,8 TWh en 2019, alors que le nombre de compteurs a augmenté de plus de 1,8 million sur la période.
Ce qui recule vraiment : le chauffage
Enedis estime, pour chaque territoire, la part de la consommation qui réagit à la température extérieure : chauffage électrique, appoints, une partie de l’eau chaude. Cette part thermosensible pesait 25,2 % de la consommation résidentielle en 2019. Elle n’en représente plus que 19,9 % en 2025.
Le message est clair : la baisse ne vient pas d’abord de l’éclairage ou des appareils, dont la consommation se comprime beaucoup moins, mais du poste qui dépend du froid. Les logements chauffés à l’électricité ont réduit leurs besoins, par les gestes (température de consigne, pièces inoccupées moins chauffées), par l’isolation et par le remplacement des vieux convecteurs. Une évolution qui donne raison à ceux qui rappellent que la sobriété est souvent mal comprise : elle ne passe pas forcément par la privation, mais par le fait de chauffer moins et mieux.
Les territoires qui ont le plus réduit
La carte de l’évolution dessine une géographie très lisible. L’Île-de-France (−11,2 % en moyenne par département), la Provence-Alpes-Côte d’Azur (−10,8 %) et l’Occitanie (−10,7 %) ont le plus baissé. À l’autre bout, le Grand Est (−6,5 %), la Bourgogne-Franche-Comté (−6,8 %) et le Centre-Val de Loire (−7,4 %) ont le moins réduit.
L’étude relie ce contraste au mode de chauffage : plus la part des résidences principales chauffées à l’électricité est élevée, plus la baisse est forte (corrélation de −0,65). Les exemples parlent d’eux-mêmes.
| Département | Résidences principales chauffées à l’électricité | Évolution de la consommation 2019-2025 |
|---|---|---|
| Hérault | 51,9 % | −11,8 % |
| Aude | 51,2 % | −12,3 % |
| Landes | 41,4 % | −13,6 % |
| Saône-et-Loire | 18,2 % | −5,0 % |
| Loire | 17,8 % | −6,1 % |
La logique est simple : là où l’on se chauffe au gaz ou au fioul, l’électricité servait déjà surtout à s’éclairer, à conserver les aliments et à faire tourner les appareils. Il restait peu de marge. Là où le chauffage est électrique, le gisement était plus important, et il a été en partie exploité. Les Hauts-de-Seine (−12,8 %) rappellent toutefois qu’une seule variable n’explique pas tout : le département ne compte que 24,3 % de logements chauffés à l’électricité, mais 87,9 % de logements collectifs.
2022, l’année qui brouille la série
Sur le graphique d’évolution, 2022 ressort nettement : 4 289 kWh par foyer. L’année cumule la crise des prix de l’énergie et un hiver très doux, avec 1 165 degrés-jours pour une normale de 1 584. La part thermosensible y tombe à 14,9 %. Une fois corrigée du climat, la consommation de 2022 remonte à 4 525 kWh : une bonne partie du creux tient donc à la météo, pas aux comportements.
C’est pour cette raison que l’étude compare 2025 à 2019 plutôt qu’à 2022. Le fait marquant est la suite : avec des hivers plus proches de la normale, la consommation n’est pas remontée au niveau d’avant crise.
Ce que cela dit de la transition
Ces chiffres valident plusieurs leviers défendus depuis des années. L’isolation d’abord, car un logement qui perd moins de chaleur réclame moins de chauffage, à condition de commencer les travaux dans le bon ordre. La pompe à chaleur ensuite : selon l’étude, le passage à une pompe à chaleur divise la consommation de chauffage par deux à trois, d’où l’importance de bien choisir son système. Les gestes, enfin, que les outils connectés de pilotage du chauffage rendent plus faciles à tenir.
La baisse a aussi une traduction concrète : à la grille actuelle du Tarif Bleu, consommer comme en 2019 coûterait 1 103 € par an au foyer moyen, contre 1 016 € avec la consommation de 2025. Soit 87 € effacés chaque année par la seule sobriété.
Ce que ces données ne disent pas
L’étude a ses angles morts, et elle les signale. Un « foyer » y est un compteur résidentiel actif, résidences secondaires et logements vacants compris : dans les départements de montagne ou de villégiature, la moyenne sous-estime la consommation des habitants permanents. La Corse et l’outre-mer, desservis par EDF SEI, sont hors champ, et dans dix départements une entreprise locale de distribution dessert une part notable des foyers. Les parts thermosensibles de 2019 et 2025 ne sont pas strictement comparables dans treize départements, où la méthode d’Enedis a changé.
Surtout, ces données ne disent pas quelle part revient aux gestes, à l’isolation ou aux pompes à chaleur : elles mesurent un résultat, pas ses causes. Elles ne portent que sur l’électricité et ne permettent pas de savoir si une partie du chauffage s’est déplacée vers le bois ou le gaz. Une corrélation n’est pas une preuve, même lorsqu’elle est aussi nette.
Comment explorer les chiffres
Chaque département dispose d’une fiche détaillant son évolution, sa part thermosensible et ses communes les plus gourmandes comme les plus sobres. Le module « Et dans votre commune ? » permet de situer sa propre commune, et les fichiers CSV, librement réutilisables en citant la source, ouvrent la porte à d’autres analyses. L’étude sera actualisée chaque année avec le millésime suivant d’Enedis, ce qui permettra de vérifier si la sobriété tient dans la durée.
Questions fréquentes
De combien la consommation d’électricité des foyers a-t-elle baissé ?
Elle est passée de 4 559 kWh par foyer en 2019 à 4 126 kWh en 2025, soit −9,5 %, et −9,3 % une fois corrigée du climat. Aucun des 94 départements étudiés n’est en hausse.
Pourquoi le chauffage électrique explique-t-il l’essentiel de la baisse ?
La part de la consommation qui dépend de la température est passée de 25,2 % à 19,9 %, et la baisse est plus forte là où le chauffage électrique est répandu. L’isolation, les pompes à chaleur et les gestes de sobriété y ont le plus de prise.
L’année 2022 est-elle représentative ?
Non. Elle combine crise des prix et hiver très doux : corrigée du climat, sa consommation remonte de 4 289 à 4 525 kWh par foyer. C’est pourquoi l’étude compare 2025 à 2019, deux années aux hivers proches de la normale.
Sources
- Enedis Open Data : consommation et thermosensibilité d’électricité à la maille département (2011-2025)
- INSEE : Filosofi, niveau de vie médian
- CRE : données ouvertes sur les tarifs réglementés
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale